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Une attitude révolutionnaire


Jésus à l'égard des femmes

Léonard Audet c.s.v.  -  22 janvier 2012

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L'attitude de Jésus à l'endroit de la femme s'inscrit dans la même ligne que son attitude face aux laissés-pour-compte de la société de l'époque.

Compte tenu de la mentalité de l'époque, l'attitude de Jésus à l'égard des femmes fut exceptionelle, voire révolutionnaire... Afin d'apprécier l'originalité de son comportement, explorons dans un premier temps la condition de la femme dans le monde juif au temps de Jésus.

La situation sociale de la femme au temps de Jésus

AgglomérationAu temps de Jésus de Nazareth, la condition de la femme était loin d'être enviable. À titre d'exemples, mentionnons quelques textes des « enseignants du temps », les rabbins :

  • « Loué soit celui, qui ne m'a pas créé païen; loué soit celui qui ne m'a pas créé femme, loué soit celui qui ne m'a pas créé esclave »;
  • « Heureux celui dont les enfants sont mâles, mais malheur à celui dont les enfants sont femelles ».

Plusieurs dictons populaires étaient également très peu élogieux à l'égard des femmes :

  • « Là où il y a beaucoup de femmes, il y a beaucoup de sortilèges »;
  • « Dix 'qabs' de tête-vide ont fait leur apparition dans le monde, neuf ont été reçus par les femmes, et un par le reste du monde ».

Notons toutefois que ces dictons n'étaient pas propres au seul peuple juif, mais étaient plutôt le lot du monde oriental (environnant) en général.

Que dire maintenant de la place de la femme dans le monde civil en particulier?

La place de la femme dans la société civile

Femme en pleurs Dans le monde juif, la femme est pratiquement absente de la vie publique :

  • Elle se voile afin de passer inaperçue;
  • Un homme de bien ne doit pas adresser la parole à une femme dans la rue;
  • Les règles de bienséance interdisent de saluer une femme;
  • Un homme doit éviter de se retrouver seul avec une femme dans un lieu public.

Les « fiancailles » préparaient le passage de la jeune fille du pouvoir du père à celui du mari. Il s'agissait pratiquement de l' « acquisition » de la fiancée par le fiancé.

On comparait même l'acquisition de la femme à celui de l'esclave : « on acquiert la femme par argent, contrat et rapports sexuels », de même « on acquiert l'esclave païen par argent, contrat et prise de possession ».

Une fois mariée, la femme devait obéir à son mari qui devenait son maître en toutes choses. Cette obéissance faisait partie de ses devoirs religieux. Son rôle se réduisait pratiquement à celui d'une servante.

Finalement, ce qui valorisait la femme aux yeux de son mari, c'était sa fécondité; particulièrement lorsqu'elle donnait naissance à des garçons.

Sur le plan juridique, le droit de divorcer ne valait que pour l'homme. Seul le mari pouvait répudier sa femme pour des motifs plus ou moins sérieux.

Quant à la polygamie, l'épouse se devait parfois de tolérer que son mari ait des concubines. Un rabbin posait la question suivante : « Quelle est la différence entre une épouse et une concubine? ». À cela il répondait : « L'épouse a un contrat de mariage, la concubine n'en a point ».

On le voit bien, la place de la femme dans la société civile était loin d'être enviable; l'était-elle plus dans le monde religieux?

La place de la femme dans le monde religieux

Au plan religieux, la situation de la femme était encore plus dégradée. Elle était sur le même pied que les enfants et les esclaves.

Grillage Les droits et les devoirs religieux de la femme étaient très limités :

  • Elle n'est pas tenue d'étudier la loi (la Torah) : les écoles sont réservées aux garçons;
  • L'intérieur du Temple lui est interdit;
  • Dans les Synagogues, on lui assigne un emplacement spécial, derrière des barrières;
  • Dans le service liturgique, un seul rôle lui est confié : écouter;
  • À la maison, elle ne compte pas parmi les personnes invitées à prononcer la bénédiction après le repas.

Ainsi, autant dans le monde civil que religieux, la femme occupait un rôle de subordination et de sujétion. Tout le contraire donc du mouvement d'émancipation de la femme dans lequel se sont engagées les sociétés dites « modernes ».

Jésus faisait-il sien ce regard peu élogieux à l'égard de la femme? Les récits évangéliques nous révèlent une attitude fort différente...

L'attitude de Jésus à l'égard des femmes

Femme et lumière Jésus s'est présenté comme le prophète du Royaume de Dieu, dans lequel tous, hommes et femmes, sont appelés à participer à la liberté des enfants de Dieu, sans distinction de sexe ou de rang social.

Dans sa prédication, il a favorisé les petites gens, les opprimés, les délaissés et les pauvres.

Contrairement aux coutumes sociales de son temps, il a eu une attention spéciale pour les femmes, précisément parce que les tabous du temps les maintenaient dans une situation de sujétion, voire de mépris.

Voici quelques exemples de l'attitude révolutionnaire de Jésus à l'égard des femmes :

  • Dans ses paraboles, il évoque avec tendresse la vie quotidienne de la femme, avec ses anxiétés et ses joies (Mt 13,33).
  • Pour offrir à tous le trésor du Royaume, il ne craint pas d'enfreindre les traditions rigides du temps :
    • il parle en public avec la samaritaine, une étrangère de surcroît (Jn 4,7);
    • il enseigne publiquement à une femme (Lc 10,39);
    • il permet même à des femmes de le suivre et, de fait, elles lui seront fidèles jusqu'à sa mort sur la croix (Mc 15,40);
    • il ne se gêne pas pour parler en faveur des femmes (Mc 12,40-44; 14,6-9);
    • il leur porte secours dans leur détresse (Mc 1,29-31; 5,21-43).

Compte tenu de la mentalité de l'époque, l'attitude de Jésus était inacceptable pour les bien-pensants du temps, et de ce fait, l'exposait même à la mort. C'est dire les risques que Jésus a pris en posant des gestes libérateurs à l'égard des femmes.

La prise de position de Jésus face au mariage

Fait sans précédent, la prise de position de Jésus face au mariage constitue une reconnaissance de l'égalité entre la femme et l'homme :

  • il rejette la polygamie (Mc 10,7-8);
  • il interdit absolument le divorce (Lc 16,18).

Rappelons que ces deux institutions permises par la loi ne favorisaient que les hommes. En les rejetant, Jésus restaure l'égalité entre les époux au sein même du couple.

C'est dans la même optique que, d'une part, il dénonce les désirs adultères des hommes (Mt 5,28) et que, d'autre part, il sauve de la mort la femme adultère qu'un groupe d'hommes aussi coupables qu'elle sont prêts à lapider (Jn 8,1-11). Jésus s'oppose par le fait même à une coutume qui ne sévissait pratiquement que contre l'adultère de la femme.

Mur et fleursJésus a vu les gens du regard même de Dieu, un regard d'amour qui se situe bien au-delà des préjugés socioculturels.

Son attitude vis-à-vis de la femme s'inscrit dans la même ligne que son attitude face aux opprimés, aux méprisés, aux pécheurs bannis de la société de l'époque.

Libérateur au nom même de Dieu en ce monde d'inégalités et d'injustices.

Diaporama

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Rabbin

Le terme hébreu (rabbi) signifie en français « mon maître ». Il s'agit d'une manière respectueuse de désigner les docteurs de la Loi, les spécialistes juifs de la Bible.

Cf. Xavier Léon-Dufour, Dictionnaire du Nouveau Testament, Seuil, 1975.

Torah

À l'origine, ce mot désignait les cinq premiers livres de l'Ancien Testament (Le Pentateuque), par rapport aux « Prophètes ». Plus tard, dans le judaïsme, le terme désignera non seulement la Bible en son entier, mais aussi la loi orale, c'est-à-dire l'interprétation officielle de la loi écrite.

Cf. Xavier Léon-Dufour, Dictionnaire du Nouveau Testament, Seuil, 1975.

Synagogue

C'est la la maison de prière des Juifs. Elle consiste en une salle où il n'y a pas d'autel; mais on y retrouve une armoire sacrée contenant les rouleaux de la Bible. Le préposé n'est pas un prêtre, mais un laïc, le « chef de la synagogue » choisi parmi les notables du village ou du quartier.

Cf. Xavier Léon-Dufour, Dictionnaire du Nouveau Testament, Seuil, 1975.

Royaume ou Règne de Dieu

Pour Jésus, le Royaume ou Règne de Dieu n'est pas proprement un lieu, mais plutôt une relation particulière entre Dieu et les humains, plus spécialement avec les pauvres.

Le Royaume de Dieu est tout proche : telle est la Bonne Nouvelle proclamée par Jésus. Ce Royaume est même déjà à l'œuvre, d'une manière mystérieuse, comme une semence déposée par Dieu au cœur de l'être humain.

Cf. Xavier Léon-Dufour, Dictionnaire du Nouveau Testament, Seuil, 1975.

Mt 13,33

13:33 Il leur dit une autre parabole : "Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu'une femme prend et enfouit dans trois mesures de farine, si bien que toute la masse lève."

TOB

Jn 4,7

4:7 Arrive une femme de Samarie pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : "Donne-moi à boire."

TOB

Lc 10,39

10:39 Elle avait une sœur nommée Marie qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.

TOB

Mc 15,40

15:40 Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, et parmi elles Marie de Magdala, Marie, la mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé

TOB

Mc 12,40-44

12:40 Eux qui dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement, ils subiront la plus rigoureuse condamnation."
12:41 Assis en face du tronc, Jésus regardait comment la foule mettait de l'argent dans le tronc. De nombreux riches mettaient beaucoup.
12:42 Vint une veuve pauvre qui mit deux petites pièces, quelques centimes.
12:43 Appelant ses disciples, Jésus leur dit : "En vérité, je vous le déclare, cette veuve pauvre a mis plus que tous ceux qui mettent dans le tronc.
12:44 Car tous ont mis en prenant sur leur superflu; mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre."

TOB

Mc 14,6-9

14:6 Mais Jésus dit : "Laissez-la, pourquoi la tracasser? C'est une bonne œuvre qu'elle vient d'accomplir à mon égard.
14:7 Des pauvres, en effet, vous en avez toujours avec vous, et quand vous voulez, vous pouvez leur faire du bien. Mais moi, vous ne m'avez pas pour toujours.
14:8 Ce qu'elle pouvait faire, elle l'a fait : d'avance elle a parfumé mon corps pour l'ensevelissement.
14:9 En vérité, je vous le déclare, partout où sera proclamé l'Évangile dans le monde entier, on racontera aussi, en souvenir d'elle, ce qu'elle a fait."

TOB

Mc 1,29-31

1:29 Juste en sortant de la synagogue, ils allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d'André.
1:30 Or la belle-mère de Simon était couchée, elle avait de la fièvre; aussitôt on parle d'elle à Jésus.
1:31 Il s'approcha et la fit lever en lui prenant la main : la fièvre la quitta et elle se mit à les servir.

TOB

Mc 5,21-43

5:21 Quand Jésus eut regagné en barque l'autre rive, une grande foule s'assembla près de lui. Il était au bord de la mer.
5:22 Arrive l'un des chefs de la synagogue, nommé Jaïros : voyant Jésus, il tombe à ses pieds
5:23 et le supplie avec insistance en disant : "Ma petite fille est près de mourir; viens lui imposer les mains pour qu'elle soit sauvée et qu'elle vive."
5:24 Jésus s'en alla avec lui; une foule nombreuse le suivait et l'écrasait.
5:25 Une femme, qui souffrait d'hémorragies depuis douze ans
5:26 - elle avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins et avait dépensé tout ce qu'elle possédait sans aucune amélioration; au contraire, son état avait plutôt empiré -,
5:27 cette femme, donc, avait appris ce qu'on disait de Jésus. Elle vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement.
5:28 Elle se disait : "Si j'arrive à toucher au moins ses vêtements, je serai sauvée."
5:29 A l'instant, sa perte de sang s'arrêta et elle ressentit en son corps qu'elle était guérie de son mal.
5:30 Aussitôt Jésus s'aperçut qu'une force était sortie de lui. Il se retourna au milieu de la foule et il disait : "Qui a touché mes vêtements?"
5:31 Ses disciples lui disaient : "Tu vois la foule qui te presse et tu demandes : Qui m'a touché?
5:32 Mais il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait cela.
5:33 Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.
5:34 Mais il lui dit : "Ma fille, ta foi t'a sauvée; va en paix et sois guérie de ton mal."
5:35 Il parlait encore quand arrivent, de chez le chef de la synagogue, des gens qui disent : "Ta fille est morte; pourquoi ennuyer encore le Maître?"
5:36 Mais, sans tenir compte de ces paroles, Jésus dit au chef de la synagogue : "Sois sans crainte, crois seulement."
5:37 Et il ne laissa personne l'accompagner, sauf Pierre, Jacques et Jean, le frère de Jacques.
5:38 Ils arrivent à la maison du chef de la synagogue. Jésus voit de l'agitation, des gens qui pleurent et poussent de grands cris.
5:39 Il entre et leur dit : "Pourquoi cette agitation et ces pleurs? L'enfant n'est pas morte, elle dort."
5:40 Et ils se moquaient de lui. Mais il met tout le monde dehors et prend avec lui le père et la mère de l'enfant et ceux qui l'avaient accompagné. Il entre là où se trouvait l'enfant,
5:41 il prend la main de l'enfant et lui dit : "Talitha qoum", ce qui veut dire : "Fillette, je te le dis, réveille-toi!"
5:42 Aussitôt la fillette se leva et se mit à marcher, - car elle avait douze ans. Sur le coup, ils furent tout bouleversés.
5:43 Et Jésus leur fit de vives recommandations pour que personne ne le sache, et il leur dit de donner à manger à la fillette.

TOB

Mc 10,7-8

10:7 c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme,
10:8 et les deux ne feront qu'une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair.

TOB

Lc 16,18

16:18 "Tout homme qui répudie sa femme et en épouse une autre est adultère; et celui qui épouse une femme répudiée par son mari est adultère.

TOB

Mt 5,28

5:28 Et moi, je vous dis : quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son cœur, commis l'adultère avec elle.

TOB

Jn 8,1-11

8:1 Et Jésus gagna le mont des Oliviers.
8:2 Dès le point du jour, il revint au temple et, comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner.
8:3 Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu'on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe.
8:4 "Maître, lui dirent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère.
8:5 Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu?"
8:6 Ils parlaient ainsi dans l'intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol.
8:7 Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus se redressa et leur dit : "Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre."
8:8 Et s'inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le sol.
8:9 Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent l'un après l'autre, à commencer par les plus âgés, et Jésus resta seul. Comme la femme était toujours là, au milieu du cercle,
8:10 Jésus se redressa et lui dit : "Femme, où sont-ils donc? Personne ne t'a condamnée?"
8:11 Elle répondit : "Personne, Seigneur", et Jésus lui dit : "Moi non plus, je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus."

TOB

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Citation

« Dès que Dieu n'est plus perçu comme une expérience libératrice, il devient un faux dieu. »

— Maurice Zundel

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